Les observatoires locaux
Tous les jours des associations se créent (70 000 par an en France) pendant que d’autres disparaissent. Ce boom démographique est le signe d’une forte dynamique associative, qui se traduit au niveau local. Avec de multiples conséquences et de nombreuses nuances, car tous les territoires sont loin de se ressembler.
Pour observer efficacement leurs évolutions, pour en comprendre le sens et en tirer les enseignements, de bons outils sont nécessaires.
Pourquoi observer le secteur associatif ?
Tout d’abord, pour prendre la mesure du changement. Comme le montrent les études nationales , les associations de 2007 ne sont plus tout à fait les mêmes que celles des années 80. Au niveau local, on n’a pas souvent les moyens d’analyser ces changements. A tel point que le discours tenu sur les associations, leurs responsables, ou leurs besoins est parfois en décalage avec la réalité.
Et, surtout, pour se donner de bons outils pour agir. Comment aider efficacement les associations sans vraiment connaître leurs évolutions ? Si l’on veut anticiper les changements, une observation régulière et méthodique est nécessaire au niveau local.
Observer quoi ?
La connaissance des aspects quantitatifs est indispensable : historique, activité, territoire d’action, membres, emplois, ressources. Et il est bien souvent nécessaire de commencer par rassembler des données dispersées un peu partout.
Pour autant, les chiffres ne suffisent pas. Pour rendre compte de ce qui bouge, il faut aussi s’intéresser aux dynamiques d’évolution : nouvelles formes d’organisation, nouveaux profils de militants… Les gens ne sont pas systématiquement tentés de s’organiser de façon déclarée. Ils constituent pourtant le terreau d’une capacité d’intervention collective. Par ailleurs, certains types d’associations appartiennent rarement à des réseaux parce qu’elles sont très jeunes ou en raison de la nature de leur activité (par exemple la création culturelle).
Pour qui ?
Tous ceux qui s’intéressent à l’évolution du monde associatif sont concernés par l’observation : les élus, les acteurs publics, les centres de ressources, les réseaux associatifs, les universités… sans oublier, en premier lieu, les acteurs associatifs et la société elle-même. Les données recueillies peuvent être un excellent matériau de réflexion, que ce soit pour redéfinir une politique d’aide aux associations ou pour orienter de façon plus pertinente l’action de conseil et d’accompagnement des porteurs de projets et des employeurs associatifs. L’observation peut aussi alimenter la réflexion sur le sens de l’engagement associatif, l’évolution des pratiques de gouvernance, l’émergence de regroupements informels.
Se donner des garanties
Des expériences prometteuses existent dans différentes villes, mais elles restent malheureusement peu nombreuses et isolées, et ne sont pas toujours utilisables en dehors du cadre où elles ont été produites, faute de reposer sur des méthodologies et des données qui les rendent comparables entre elles. Par manque de maîtrise des méthodes, on peut biaiser considérablement la vision du terrain.
Autre difficulté : la légitimité des données est parfois mise en cause. Les raisons pour lesquelles on veut des chiffres ne sont pas toujours limpides. Il faut que l’observation soit autonome vis-à-vis des enjeux de pouvoirs et des pressions commerciales. Pour faire consensus, la collecte et l’exploitation des données doivent être produites avec méthode et impartialité.
Afin de pallier ce type de difficulté, le Réseau national des Maisons des associations (RNMA) a estimé nécessaire de faire bénéficier les acteurs locaux de l’expérience et de la compétence de partenaires nationaux comme le Laboratoire MATISSE du CNRS, la FONDA.
Une démarche expérimentale
Cette volonté a débouché sur la construction et l’expérimentation d’un outil commun dans huit villes caractérisées par des paysages urbains diversifiés. L’intérêt de cet outil commun était de permettre une mutualisation entre les différentes villes qui l’utilisent.
L’expérimentation d’un outil commun
Un questionnaire permettant la collecte d’informations sur les associations locales a été mis au point en concertation entre différentes villes et avec les conseils du Centre d’économie de la Sorbonne.
Ce questionnaire est structuré en plusieurs rubriques :
- Coordonnées de l’association (tout en laissant une possibilité d’anonymat)
- Profil de l’association : date et motivation de création, objectifs de départ, secteur d’activité, caractéristiques du public, relations avec l’environnement institutionnel et associatif
- Le salariat dans l’association : effectif salarié, masse salariale, types d’emplois, emplois aidés et mis à disposition, convention collective appliquée
- Budget de l’association : montant du budget, importance et nature des ressources
- Vie de l’association : fonctionnement statutaire, profil des dirigeants, importance du bénévolat
- Besoins de l’association pour son développement : formes de soutien, perspectives et projets
Le logiciel Modalisa a été choisi comme logiciel commun. Ceci permet une facilité d’utilisation : paramétrage préalable, exploitation des données, formations communes.
… pour permettre de comparer les données
Le but de l’observation étant avant tout de comprendre pour agir, le rapprochement entre les données des enquêtes nationales et celles des villes a pour intérêt d’aider à s’interroger sur les spécificités ou les similitudes qui apparaissent entre les différentes villes : quelles en sont les raisons ? quelles peuvent être les conséquences sur les politiques conduites ?
C’est la raison pour laquelle il apparaît nécessaire d’accompagner les données qui concernent la vie associative d’éléments qui permettent de comprendre les spécificités du paysage socio-économique et politique dans lequel s’inscrit l’action associative.
L’observation doit s’inscrire dans la durée. La comparaison des données recueillies à échéances régulières dans une même ville permet aux acteurs de saisir des évolutions et de chercher ensemble à en comprendre le sens et les conséquences sur une politique d’accompagnement.