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Tiers-lieu - l'exemple de la MDA de Rennes

"Une Maison ? 4 murs ... mais pas que ! Depuis 4 ans, la maison des associations accueille au coeur de ses 4000 m2 dédiés à la vie associative rennaise un espace de quelques pièces qui servent de bureaux à des associations rennaises. Classique en apparence.

Sauf que ces locaux sont bien différents des autres pour plusieurs raisons : d’une part ce sont des bureaux mutualisés entre les occupants, et chacun s’organise avec son voisin pour occuper le créneau qui lui convient. D’autre part le lieu accueille des associations qui mettent en place des projets innovants sur la place rennaise. Elles peuvent ainsi profiter d’un endroit adapté à leurs projets, pour tester leurs idées, en étant accompagné par des professionnels de la MDA.

C’est ainsi qu’en 2016, l’association MATHI a pu faire avancer son idée de Bottega avec de jeunes autistes et ouvrir récemment son restaurant. Que My Human Kit a pu développer son activité pour rejoindre les locaux d’Askoria et créer le tout premier HumanLab dédié au handicap. Ou encore que l’association SOS Méditerranée a pu ancrer son projet à Rennes et en Bretagne en mobilisant des bénévoles localement et créer ainsi la toute première antenne en région de son action. Ou encore que Brezihicoop, le supermarché coopératif maintenant installé au Blosne, a mûri et organisé son projet avant de le concrétiser.

Les exemples des projets passés par l’espace collaboratif sont nombreux, 32 associations depuis 2015.

L’espace collaboratif compose ces nouveaux endroits au carrefour de la maison et du lieu de travail que l’on appelle « tiers-lieux ». Largement inspiré des Fablabs, ces espaces permettent à des porteurs de projet de se rencontrer et de partager des ressources dans une ambiance décontracté, facilitante et rigoureuse. Les tiers-lieux sont des lieux modulables par nature, souple et dont la philosophie consiste à trouver entre pairs des solutions aux problèmes rencontrés. On y sort également d’une forme de solitude, et les créateurs d’associations rennaises n’échappent pas à ce sentiment d’isolement : on avance mieux quand on se sent écouté et compris. Et quand on trouve une ressource adaptée à son problème. Le « tiers-lieu » décloisonne, autrement dit il permet de rencontrer des personnes d’autres métiers et d’autres secteurs d’activités. Ce point est d’autant plus important que le monde associatif a parfois tendance à fonctionner par secteurs d’activités bien bornés et qui ne se rencontrent que rarement.

Cette richesse humaine améliore l’acquisition de savoir-faire et augmente la collaboration entre les occupants, à l’image du Hackathon entre MHK et La Petite Rennes autour du vélo et du handicap, dont la résonance a dépassé les frontières de Rennes. La valeur d’usage devient alors une valeur collaborative et créative. Car ces tiers-lieux incitent à inventer, autant que possible. le design y participe.

Cependant cette collaboration n’est possible qu’à la condition que les utilisateurs du lieu ne se sentent pas bridés par les contraintes. Au contraire, ce sont les usages qui définissent le fonctionnement et le cadre, autant que possible. Cette approche renouvelle le cadre traditionnel fonctionnaliste du "bureau mis à disposition" qui enferme la relation dans une visée purement utilitariste. Ces approches nouvelles responsabilisent les occupants, les rendent acteurs du lien, sans pour autant les affranchir du respect d’un minimum de règles inhérentes à des locaux partagés et à la cohabitation pacifique. Et c’est bien cette dimension qui construit progressivement le capital culturel du tiers-lieu : un réseau de porteurs de projet qui se soutiennent, s’entraident, innovent, s’adaptent aux contraintes économiques fortes ces derniers temps pour les associations, partagent des ressources et des connaissances à travers des communs, ouvrent de nouvelles possibilités… En économie on qualifierait ces éléments d’externalités positives, difficilement quantifiables.

Pour autant, les tiers-lieux ne sont pas livrés à eux-mêmes. Car aussi admirable puisse être la dynamique entre les occupants motivés par un lieu ouvert et partagé, ceci demande de l’animation et de la mise en relation. En d’autres termes des qualités de facilitateur, ce presque-nouveau métier entre l’animateur et le coach qui aide les dynamiques de groupes et de projets à tirer le meilleur d’eux-mêmes.

Pour résumé, ces tiers-lieux sont donc créateurs de valeurs :

1. humaines par la possibilité de rencontres qu’ils rendent possibles,

2. collaboratives, car de la rencontre peut découler des projets nouveaux et inattendus,

3. sociales car ils sont des espaces de créativité et d'innovation ;

4. et enfin économiques, parce que le cadre d’accompagnement, à l’image de l’Espace collaboratif de la MDA, permet de créer du service et parfois de l’emploi (13 emplois générés sur les 32 associations accueillies depuis 2015).

On voit bien que vouloir circonscrire un tiers-lieu à sa stricte dimension occupationnelle c’est occulter toutes les dynamiques qu’il contribue à construire dans un environnement. Des dynamiques immédiatement quantifiables quand elles concernent un projet, d’autres fois plus difficilement mesurables quand elles renvoient à l’économie collaborative ou à celle des communs. Pour autant, ignorer cette nouvelle manière de « faire lieu » c’est occulter les nouveaux usages du monde associatif."

Raphaël MADY, Coordinateur à la MDA de Rennes - Association BUG

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